Je regardai furtivement la fille qui ne m'avait pas quitté des yeux. Son attitude délurée et ses vêtements étaient un véritable appel au sexe et, à l'évidence, je n'étais pas indifférent à cet appel.
Nous montâmes salle B105, moi devant. Je sentais le regard des élèves dans mon dos et entendais certains commentaires- assez flatteurs, je dois le reconnaître – sur ma tenue et mon allure. Je ne relevai pas, sauf d'un sourire intérieur. J'ouvris la salle et tous s'installèrent dans un calme tout à fait relatif, pendant que je déposai ma mallette de cours sur le bureau qui leur faisait face. Pas d'estrade ici, comme en Angleterre, élèves et professeurs étions sur un même niveau. Je réclamai le silence et sortis de ma sacoche les fiches de renseignements à distribuer à chacun. Je les donnai au premier devant moi, lequel se chargea, avec une certaine habitude, de les distribuer à ses camarades.
Dans un premier temps, je ne souhaitais pas m'asseoir à mon bureau et fixer l'ensemble des élèves. Je pris le parti de déambuler dans la salle afin de prendre possession des lieux, en quelque sorte, et me familiariser avec les visages qui composaient cette classe.
La fille était installée au premier rang, juste en face de mon bureau. Je me trouvais très proche d'elle, trop proche car je pouvais sentir son parfum titiller mes narines comme une provocation. D'ailleurs, il n'y avait pas que son parfum qui semblait me provoquer : son attitude, son regard, son petit sourire en coin participaient à cette incitation muette.
Elle était brune de cheveux et de peau, les yeux foncés, presque noirs également. Un type méditerranéen à n'en pas douter. Je me rappelais son nom, Félicia Roma, une consonance typiquement italienne. Elle n'était pas très grande, dans les 1,65 m environ. Je devais la dominer d'une bonne tête. Sa silhouette était fine et son corps montrait des formes féminines bien affirmées : elle n'était plus une adolescente. Outre cette fragrance délicieuse que j'avais respiré en passant près d'elle, elle portait une mini-jupe kilt – que je ressentis comme un clin d'½il au cours d'anglais – un tee-shirt décolleté près du corps qui magnifiait ses formes, des collants résilles et de très grosses chaussures style "rangers" de l'armée. Interpellant ! Sa poitrine était mise en valeur par la profondeur de son décolleté avantageux. Cette fille n'avait pas froid aux yeux. Une élève vêtue de cette façon dans un lycée anglais n'aurait jamais pu entrer en cours. Elle avait un regard direct et avait l'air de savoir ce qu'elle voulait, mais pas trop la façon de pouvoir l'obtenir si j'en jugeais par le fait qu'elle avait 2 ans de retard par rapport à ses condisciples. A moins que ce qu'elle voulût, soit de rester lycéenne à vie, ou du moins pour une période indéterminée encore.
Je la trouvais très belle. Un frisson me parcourut furtivement et je dus m'astreindre à regarder vers le fond de la classe. Je n'avais aucune notion de l'effet que je pouvais avoir sur elle, mais mon idée était assez précise quant à l'effet qu'ELLE était susceptible de produire sur moi. Elle provoquait une attirance évidente sur mes sens. Je devais à tout prix me dominer pour ne pas perdre toute la crédibilité que je pouvais avoir un tant soit peu sur mes élèves. Je pris une profonde inspiration et commençai mon cours.
- Mesdemoiselles, messieurs, vous voudrez bien remplir rapidement la fiche de renseignements que votre camarade est en train de vous distribuer, afin que nous puissions commencer notre premier cours d'anglais ensemble. Vous n'êtes pas sans savoir que cette matière, dans la filière que vous avez choisie, compte pour coefficient 4 à l'examen qui sanctionnera votre année de Terminale, leur assenai-je d'emblée. 6 heures de cours par semaine ne seront pas de trop pour arriver ensemble à ce que vous obteniez de bons résultats à cet examen. Je vous demanderais donc une attention soutenue en classe et un travail assidu chez vous pour me remettre vos devoirs en temps et en heure. Et ce, tout au long de l'année, bien sûr. Merci.
Après cette tirade, je les observai un cours instant et repris sur un ton que je voulais... que je souhaitais, un minimum autoritaire, mais teinté d'une touche de bienveillance :
- Avez-vous des questions à me poser au sujet du déroulement de ces cours ? Comme vous le savez, je suis votre professeur principal et c'est donc à moi que vous aurez à vous adresser pour toute question touchant à la vie du lycée. Je me débrouillerai pour vous apporter les réponses que vous attendez.
Quelques mains se levèrent et je répondis aux interrogations que les élèves se posaient, du mieux que je pus. Mon expérience professionnelle étant toute récente, je n'avais, bien sûr, pas toutes les réponses, mais je m'engageais à les trouver auprès de mes collègues plus expérimentés dont certains m'avaient regardé avec bienveillance le jour de la pré-rentrée. Si certains confrères marquaient une distance avec moi, d'autres s'étaient rapprochés et m'encourageaient dans la voie de l'enseignement. Ceux-ci m'avaient promis leur soutien et je me sentais bien entouré. Le proviseur du lycée avait vu d'un très bon ½il l'arrivée d'un tout jeune diplômé d'Oxford pour, comme il disait "relever le niveau des cours de langue dans mon établissement ! " Je percevais cet engagement de ma part comme une vocation et j'étais très heureux de participer à cette rentrée scolaire en France.
Les fiches de renseignements circulaient déjà dans le sens retour et j'y jetai un ½il afin de me familiariser rapidement avec les élèves de ma classe. Je m'attardai notamment sur l'une d'elle – celle de Félicia Roma ; j'avais tout de suite retenu son nom lors de l'appel dans le gymnase – et fut choqué par ce qu'elle y avait inscrit dans la case "vos ambitions pour l'avenir" : - Vivre en Angleterre
- Te mettre dans mon lit.
"WOUAHHH !"intérieur. Je me détournai vite vers le tableau noir, conscient que cette dernière assertion m'avait fait rougir, ce qui risquait d'être perçu comme de la faiblesse par mes nouveaux élèves. Je souhaitais surtout cacher ma gêne. Je m'approchai vivement du grand tableau, pris une craie et écrivis lentement mon nom : Mr CULLEN. Je devais reprendre une contenance. Je respirai plusieurs fois à fond pour récupérer un tant soit peu de prestance et permettre à mon c½ur de calmer son emballement, pas seulement dû à ma toute nouvelle position professionnelle. Sentant mes pommettes refroidir et mon rythme cardiaque se rapprocher de la normale, je pris à nouveau une profonde inspiration et me retournai pour leur faire face. Je devais maintenir toute mon attention sur le cours, UNIQUEMENT sur le cours, SEULEMENT sur le cours. Et j'attaquai enfin par :
- Ouvrez vos livres page 10, nous allons commencer par une petite révision afin de connaître votre niveau !